Savage Tide d'Antoine

Scuttle Cove - bal au Porphyry House

Entendant un coup sourd et vif à la porte de son étude, le vénérable grand prêtre de Moradin Halar Ironfist, vêtu d’une lourde tunique façonnée d’un savant mélange de racines, boue séchée et tissus appelée Earthsilk dans la Bas-Monde ainsi que d’un tablier de cuir rempli d’outils pour façonner la pierre à la manière de son Dieu, le Forgeron des Âmes, ne put réprimer un sourire. Il souffla alors les chandelles disposées sur son bureau, où il était assis devant un lourd manuscrit battu aux armes du crâne brisé du clan des Skullcrushers, le clan dirigeant de Khuzdun, sa terre natale, et se dirigea vers la porte métallique qui lui garantissait le rare confort dans le monde des nains qu’était des quartiers privés.

D’une poigne assurée et puissante malgré les trois centaines d’années de sa barbe à quatre tresses retenues par des poings métalliques fermés, il fit basculer la porter sur ses gonds et recula de quelques pas – la stature du visiteur était telle que les couloirs de Khuzdun l’accommodait maintenant difficilement. Halar Ironfist, comme à l’habitude, ne pensa pas à lever les yeux vers le haut et se retrouva, comme à chaque jour depuis la dernière semaine, devant le poitrail de l’armure d’elderhide du Défendeur Éternel de son peuple, Kharas Skullcrusher.

Kharas: “Grand Forgeron de Moradin, je vous…”

Halar: “Épargne-moi les salutations honoriques, chevalier.” Dit Halar, utilisant la traduction en langage commun du mot “Kharas” et serrant la main à son fidèle ami. “Partage plutôt avec moi cette chope et assied-toi.” Halar pointa un siège disposé devant une enclume sur laquelle un marteau cérémonial était déposé et pris place lui aussi près de l’enclume. Halar n’avait rien à mentionner; Kharas, un élu de Moradin, connaissait comme lui la Purge, la confession complète que les soldats nains faisaient à leurs prêtres au retour du champ de bataille. Non pas pour demander pardon; pour les nains, il est entendu que les actes commis lors des engagements militaires ne reviennent pas avec les soldats dans leurs demeures. La communauté naine, un organisme complexe, n’abandonne pas l’un des siens. Pour Kharas, la Purge était un acte régulier; l’appel de Moradin pour ses Défendeurs Éternels était rarement entendu par des scribes mais plutôt par des nains aux mains ensanglantées, maniant la hache ou le marteau comme une extension de leur âme. Cette Purge de Kharas en était dorénavant à sa septième journée; le nain avait remis son manuscript au Grand Forgeron de Moradin, qui, incrédule, avait parcouru le précieux ouvrage de long en large depuis, basculant entre l’admiration pour les Mercenaires de Lavinia Vanderboren et l’horreur devant leurs actes.

Kharas: “La caverne où le 7th Coil s’était réfugié était maintenant libérée des Yuan-Ti. Nous y retrouvâmes quatre prisonnier, trois mâles et une femelle; un nain, deux humains et un tiefling. Tous décédés, paix à leur âme, sauf pour une humaine, qui s’avéra être Harliss, que nous croyions avoir rencontré plus tôt au Red Foam Whaling. Le visage boursouflé et des marques évidentes de violence couvrant son corps en plus de morsures de Mind Flayers, son état était très près de la mort. Comme le seul endroit sécuritaire de Scuttle Cove que nous connaissions était le repère du Protectorat, nous devions l’y amener pour guérir notre alliée improbable, ancienne capitaine d’un navire de la flote pourpre.

Un Yuan-Ti, ayant été laissé en vie à la suite de notre insertion rapide en zone de combat, fut interrogé par Isom. Il ne put nous apprendre que le 7th Coil était une organisation monarchique menée par le Seventh, le Yuan-Ti Anathema dont le corps qui gisait maintenant dans la caverne. Satisfait de la mise en déroute complète du 7th Coil, le Yuan-Ti fut exécuté…

Halar: Exécuté? Mais il était votre prisonnier…

Kharas: “Cette rhétorique ne fonctionne pas à Scuttle Cove, Grand Forgeron. Cette ville ne connaît ni lois ni armée, ni bonté. Lui laisser la vie sauve aurait signifié le retrouver par la suite, épée à la main, nous opposant. Je n’ai pas participé à son exécution, mais je l’aurais fait si mes compagnons n’étaient pas à ce point aussi endurcis que le meilleur soldat nain. La guerre fait ressortir le pire dans le coeur des soldats. Mais je peux vous garantir, Grand Forgeron, qu’aucun des mercenaires qui m’accompagnaient n’a pris une vie en vain durant cette campagne.”

Halar: Continue, chevalier. Je ne juge pas, j’écoute et je questionne.”

Kharas: Donc, le Protectorat accueillit Harliss au Rusty Shunt. Liamae, la magicienne des Jade Ravens que nous avions sauvé précédemment s’y trouvait aussi. Défaite, Liamae nous expliqua qu’elle allait demeurer à Scuttle Cove au sein du Protectorat jusqu’à notre retour à Farshore et tenter de récupérer les corps des membres de son groupe. Après notre intervention au sein du repère du 7th Coil, il était dorénavant possible pour le Protectorat de déménager ses opérations dans leur caverne, plus facilement défendable et inconnue des autres groupes de la ville.

Notre destination était alors le bal tenu à la Porphyry House par dame Tyralandi, une créature perfide et corrompue de laquelle nous devions obtenir des informations sur la Crimson Fleet pour poursuivre notre quête et retrouver Lavinia Vanderboren. Le bal était notre seul prétexte pour y avoir accès; la dame était protégée par des cordons de créatures plus viles les unes que les autres. Baal, un diable particulièrement vil lui-même, était notre clé pour entrer dans ce bal, que je craignais plus que n’importe quel combat; les arts de la conversation et de la politique ne sont pas pour moi et ne le seront jamais.

Comme je pouvais le prévoir, le “bal” n’était en fait que la vision diabolique d’un festin pour les sens. Tous les désirs charnels pouvaient y être assouvis, peu importe leur ignominie. Nous étions à ce bal pour obtenir des informations, et des informations j’entendais en obtenir, peu importe de quelle manière. Un employé de la Porphyry House m’indiqua du menton un personnage important, Kedvar Bones, chef du Dealer’s Consortium qui venait de faire son entrée. Après en avoir informé rapidement Isom, attablé à une partie de Three Dragon Ante, je demandai à Farah d’utiliser ses talents de déguisement pour adopter une forme plaisante pour Kedvar et de le questionner. Kedvar s’avéra n’être que le fournisseur de substances illicites qu’il paraissait être, Farah ne put en extraire aucune information utile. Le reste des participants étaient au mieux des épicuriens à la recherche de fins plaisirs, au pire, de violents criminels.

C’est alors que le cortège de Tyralandi et Belial firent leur entrée. Il est difficile de décrire la Nymphe-Succube d’une autre façon que par son corps; splendide, plantureux mais torturé et duquel émanait une aura de malveillance intolérable. Vénérée par les siens, Tyralandi se plaça sur un podium, magiquement protégé par un rituel pour ne pas permettre à quiconque de l’entendre discuter avec son entourage. Je pu alors attirer le regard de Baal, qui respecta sa parole en introduisant notre groupe à la Nymphe-Succube. Isom le barde fit alors une performance musicale si merveilleuse que même l’endroit où toutes ces âmes destinées aux enfers se trouvaient parut sublime pour un bref instant. Baal l’éternel, le diable ayant entendu des milliers de musiciens à travers son existence destinée au mal, en demeura même bouche-bée. Tyralandi, quant à elle, fut charmée. L’arrivée d’Hallya ajouta à l’effet de la performance d’Isom. Dissimulé derrière des spéculations simples à discerner, Tyralandi nous annonça qu’une mutinerie s’était produite au sein de la Crimson Fleet suite à l’arrivée deVanthus Vanderboren et l’avait laissée sévèrement réduite et affaiblie. Le temps pour frapper était à ce moment et notre fenêtre d’opportunité était faible.

Bien que Tyralandi mentit en nous disant qu’elle ne pouvait nous indiquer l’emplacement de la base de la Crimson Fleet, elle nous confia qu’Harliss, elle, parlerait. Comment avoir pu oublier la capitaine pour localiser son organisation?

Le mal corrompant son âme, Tyralandi ne pouvait nous laisser quitter le bal sans un paiement. Deux mèches de cheveux, l’une d’Isom, l’autre d’Hallya, furent requises.”

Halar: “Par Moradin, la base de rituels puissants, chevalier.”

Kharas: “Nous en étions conscients, Grand Forgeron. La perfidie de Tyralandi est infinie. Parfois, il faut utiliser les armes de ses ennemis pour vaincre, comme le démontrent mes actions au sein de la Porphyry House. Je ne m’en excuserai pas, comme Tyralandi ne le ferait pas. je suis un soldat, né en entraîné pour vaincre.

Malgré mes protestations, Isom et Hallya savaient qu’il s’agissait de la seule façon pour quitter le bal sans bain de sang. Ils décidèrent alors de faire arbitrer l’entente pas Baal. Quelle ironie! Un diable, dont la parole est d’or lorsque l’entente est clairement définie et ne permet pas d’échappatoires, allait arbitrer le contrat entre Tyralandi et notre groupe. Les éléments du contrat furent négociés entre les parties; les “images” créées par Tyralandi ne pourraient être utilisées qu’au sein de la Porphyry House, entre autre, pour des raisons qu’il ne convient pas d’énoncer ici. Le contrat fut finalement signé et notre séjour à la Porphyry House, prenait alors fin.”

Halar: “Tyralandi, le Nymphe-Succube, vous aidait pour promouvoir sa maison de prostitution dans Scuttle Cove?”

Kharas: “Oui. Mais aussi parce qu’elle était au service de Grazz’t le Prince obscur, un ennemi de Demogorgon, patron de la Crimson Fleet.”

Halar: Maniant le marteau cérémonial et le frappant avec force sur l’enclume, Halar déclara de ce geste la Purge terminée pour la journée. “Si nous buvions cette chope, chevalier? Je dois consulter Moradin. Les sphères vers lesquelles tu m’amènes sont sensibles, même pour son Grand Forgeron. Je vais chercher son conseil avant de poursuivre et te guider.”

Kharas: “Ça ne fait que commencer, Grand Forgeron…”


Isom ferme doucement la porte de la chambre dans les appartements luxueux du Porphyry house, un verre de somptueux vin elfique à la main. Le thiefling se frotte les tempes et s’assis lourdement sur le lit douillet de la chambre. Des échos étouffés de la fête de Tyralandae résonnent délicatement à travers les murs de la Maison. Laissant la coupe sur la table de nuit, la main d’Isom touche instinctivement ses rares cheveux gris, à la recherche de la mèche manquante.

La chambre tourne autour d’Isom, dans un tourbillon effrené à mesure que l’importance de la soirée perce dans sa conscience. Étourdi, le thiefling s’étend sur le lit, laissant le lézard pointer hors de sa robe et lancer un regard inquisiteur. Isom aggripe soudainement le lézard par la gorge, et le lance violemment en direction du mur. Le lézard disparait avant de frapper le mur, en lâchant un ricanement sinistre.

“De ma vie, j’ai toujours essayé d’expier les fautes de mes pères,” pense le thiefling. Sa main caresse ses cornes maladroitement limées. “Je ne suis pas un ange… mais mon âme est mienne.” Isom repense aux événements de la journée, la torture du prisonnier Yuan-ti, le marché avec Tyralandi, le contrat signé par le sang devant le regard avide du servant des Enfers. Le vieux thiefling soupire et murmure : “Mon âme était mienne. Es-tu fier de ton fils, père ?”

Machinalement, sa main sort l’instrument divin de son étui, le poing de Motuclaha, la construction de tonnerre et d’éclairs. Ses mains caressent brièvement l’instrument, lâchant des accords dissonnants. Les accords brutaux se métamorphosent en soupirs mélodieux, une mélopée bien connue, une chanson qui résonne encore et toujours dans les tavernes damnées et les châteaux maudits du monde. Pris au jeu, Isom se met à chantonner les paroles immortelles.

<< Pietade, oggi, e Amore trionfan ne l’Inferno >>

<< Aujourd’hui, la Pitié et l’Amour triomphent des Enfers >>

Orphée aux Enfers

La main du vieux barde laisse la musique mourir doucement dans l’air parfumé de la chambre. Il fait une prière muette au légendaire Orphée, héros des bardes et poètes depuis la nuit des temps. “Orphée a usé de courage, de vertu et de talent, mais n’a guère qu’entr’aperçu son Eurydice à travers les flammes infernales avant qu’elle lui soit dérobée. À jamais.”

<< Ahi fat’empio ecrudele ! >>

<< Ah, Quel destin cruel ! >>

“Braverais-je les flammes des enfers, pour un seul clin d’oeil vers la paix et la sollicitude ?” pense le barde. La main tremblante, le barde vide la coupe de vin elfique. “Je ne suis qu’un pauvre mortel perdu sur son chemin.” La coupe glisse de ses doigts et se brise sur le sol de bois dans une note cristalline. Automatiquement, le barde reprend la note impromptue sur l’instrument olman.

<< Nulla impresa per uom si tenta invano >>

<< Aucune entreprise mortelle n’est entreprise en vain >>

Isom rit doucement. “Fallait-il que je fasse tout ce chemin pour finalement comprendre réellement le courage et la vertu du légendaire barde.” Le thiefling soupire et range l’instrument dans son étui. “Père, tu pourras encore être fier de ton fils. Pour une seule note paisible murmurée dans la cacophonie du Monde.”

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Antoineql drstupid

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