Savage Tide d'Antoine

La ruche d'Urbala

Je tends l’oreille, mais je n’entends rien. Ou plutôt, j’en entends trop. Il y a l’odeur de la mer, proche, de la jungle de Gaping Maw, et le rouge vermeil de tout le sang versé. Et il y a la pulsation, qui bat sous ma peau comme un métronome syncopé. Un tambour affolé, apeuré.

La peur est certainement visible dans les yeux de mes camarades. Le rituel affine mes sens, me rapproche de la trame arcane véritable du plan. Je Le sens qui approche, affolé, déchiré entre la chute certaine de Lemoriax, et la destruction de son maître plan. Je sens les présences froides de Dagon et du Passeur, près de la berge. Deux titans, qui se mesurent dans un silence assourdissant … Tant de puissance accumulée dans un point aussi dense … Je me perds momentanément, observant le nœud arcane de ces deux singularités, comme penché sur un des puits d’Ahazu.

Maître, ô maître ! Êtes-vous le roi ou le pion dans cette bataille ?


Quelques minutes plus tôt, nous avancions vers la tour d’Urbala, à proximité du temple interdit de Wat Dagon. Un escadron de créatures est alors sorti de la tour pour nous assaillir : Des géants de cristal et de lumière, une volée de vrocs et des créatures difformes et tentaculaires appréciées du Dieu-Démon.

La Métamorphe force la réalité autour d’elle à se transformer, détruisant la structure interne d’un des géant de cristal, qui tombe en une poussière éthérée. La Sorcière fonce au milieu de l’attroupement, brûlant les créatures d’une aura rosée de corruption, mais essuyant en même temps des tourbillons de coups provenant des géants. Le Githzerai termine le combat avec un cri guttural et un trait magistral de sa lame qui tranche l’un des cristal en deux pièces.


Nous avons ensuite hésité entre pénétrer immédiatement dans Wat Dagon, et sortir Urbala de sa tour. Afin d’éviter d’être pris à revers une fois à l’intérieur du demi-plan de Wat Dagon, nous avons décidé d’assaillir la tour et d’éliminer Urbala.

La tour vrombit d’une vibration inquiétante, et nous découvrons rapidement qu’elle fourmille de créatures insectoïdes. Je les reconnais comme étant des Swordwings, des aberrations de l’Underdark. À l’arrière se tient un immense démon gras et boursouflé, détonnant parmi les corps sveltes des insectes. Comment un tel monstre a-t-il pu devenir ce qui semble être la reine de ces créatures ? Il sait pourquoi nous sommes ici, et nous savons pourquoi il est là ; Toute discussion est inutile et le combat s’engage immédiatement.

Nous croulons rapidement sous le nombre des insectes, qui volent au-dessus de la mêlée et plongent sur nous en balançant leur aile acérée. Sur un cri de Kharas, la Sorcière téléporte celui-ci dans la porte de la tour. Kharas lance son marteau et une vague d’électricité cours sur les murs de la tour. Quatre ennemis s’effondrent instantanément. Le Défenseur Éternel est en position ! Il bloque l’entrée de la tour de son corps massif et de son bouclier à l’effigie de la grande Famille des Skullcrushers.

Les insectes restant entre dans une frénésie encouragée par l’odeur du sang versé et par les injonctions d’Urbala. Ils plongent sur le nain qui bloque leurs attaques avec difficulté. Le grand Urbala entre alors en action, et commande le pauvre Kharas à se mettre à genou d’un retentissant : “À genoux, servant!” Kharas lance un cri de rage et se voit forcé de se prosterner devant le monstre. L’écho de la voie du démon rappelle la voix d’Orcus dans son ossuaire, ce qui suffit à ramollir mes propres genoux.

Deux insectes plus gros laissent leurs marques sur nous, une marque de mort, qui attire les coups et ouvre les blessures. La Métamorphe nous avertit en même temps qu’il y a sur le sol deux glyphes que je reconnais immédiatement : D’autres glyphes de mort ! Nous sommes coincés : Nous ne pouvons pas approcher sans activer ces glyphes. Instinctivement, je touche mon visage tuméfié, où les brûlures d’un glyphe précédent sont toujours visibles.

Kharas frappe Urbala, qui se téléporte immédiatement derrière la protection des glyphes, et réplique du même coup de deux magistrales attaques de son immense épée. Kharas accuse les coups en grognant. Face à notre désespoir, Farah prend le contrôle d’un des monstres restant et lui demande de désactiver l’un des glyphes. Le monstre échoue et le glyphe lui explose au visage. La Métamorphe réplique avec son image, la matérialisant devant le nez d’Urbala et faisant exploser le deuxième glyphe sous les pieds du démon, qui est brûlé par la puissance de la rune.

Obarlan entre en fureur, et se téléporte auprès de Farah. Il balance son épée sur la pauvre Métamoprhe sans défense qui tombe sous les coups répétés. Le nain charge sur le démon furieux et accuse lui aussi une pluie de coups. Urbala devient un tourbillon de lames et Kharas tombe dans un gargouillis. Je vois brièvement son âme palpiter à proximité du corps désarticulé, jusqu’à ce que Fruward lui enfourne une potion dans la bouche et qu’il reprenne bruyamment son souffle.

Nous épuisons nos dernières réserves sur l’immonde capitaine du Dieu-Démon. Nos forces s’amoindrissent rapidement, et nous nous battons alors avec l’énergie du désespoir. Les forces du Démons ne fléchissent pas, jusqu’à ce qu’il finisse par tomber dans un amas de chairs tuméfiées.

C’est alors que nous pûmes reprendre notre souffle. Et regarder le temple de Wat Dagon comme un piège infranchissable. Si c’est ce que peut faire un petit capitaine, quelles sont nos chances ?
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Le rituel se poursuit, faisant battre le temps autour de moi.

La cacophonie de la bataille de Gaping Maw fait écho dans mes sens exacerbés. Je vois la Sorcière grimacer en même temps que moi. J’oublie qu’elle aussi a un poids immense à supporter, entre la marque de Malcanthet et sa propre préparation pour la tâche qui l’attend. Je vois les lignes arcanes qui se concentrent autour d’elle, d’elle et de la Métamorphe. Et de moi aussi. Emmêlés dans le tissu magique qui nous entoure. Je me rappelle Iggwilv et la maudite flasque, Iggwilv capable de naviguer entre les lignes arcanes comme un poisson nage entre deux eaux. Iggwilv, moins humaine que créature magique, plus proche du démoniaque que la plupart des démons eux-mêmes …

Et Kharas, brave Kharas ! Notre fier nain affiche une mine sombre. Nous avons sentit les coups en même temps que lui, vu la force titanesque déployée par le simple capitaine Urbala. Et aussi, le Githzerai et mon compagnon d’infortune Fruward restent sous le choc. Leur silence et impassibilité impénétrable est un ombrage à leur volubilité habituelle. Le Githzerai n’essaie plus d’égayer l’humeur du groupe, et le seigneur Fruward ne me regarde plus avec un oeil inquiet.

Notre groupe attend, dans un silence de plomb, que le rituel se termine. Comme en attente du châtiment qui nous attend.

Et moi ? À un moment on entre dans un domaine au-delà la peur, où tout ce qui reste à faire est d’attendre l’inévitabilité du temps. La pelote de fils du destin se démêle si rapidement dans mes mains tremblantes. Ce sera bientôt fini ; je pourrai bientôt dormir.

Et ce, je l’espère, pour l’éternité.

So you were born and that was a good day,
Someday you’ll die and that is a shame,
But somewhere in the between is a life of which we all dream,
And nothing and no one will ever take that away,
And someday soon my friends this ride will come to an end,
But we can’t just get in line again. 1


J’entends vaguement la capitaine de la Sea Wyvern nous avertir que quelque chose de gros, un bataillon complet, s’en vient vers le temple à une vitesse phénoménale. La Sorcière contacte Céleste, pour la forme, mais celle-ci dit que ce ne peut pas être elle, qui est encore trop loin.

Pour la forme, car nous savons tous qui approche.

- Isom K.V.II

1 Streetlight Manifesto, Somewhere in the Between (2007).

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