Savage Tide d'Antoine

Bataille de Dar El-Aric

Du journal d’Isom

Je ne me suis jamais intéressé aux dieux. Je crois que l’idée qu’une créature pourrait m’éliminer par la seule pensée heurte ma sensibilité, mon orgueil. Mais il est difficile de nier la présence des dieux autour de nous, que ce soit à travers leurs oeuvres qu’à travers leurs fidèles.

Rien n’est éternel, par contre. Une autre idée qui heurte ma sensibilité. Même l’oeuvre des immortels dieux peut être détruite, anéantie, réduite en poussière. La sorcière et la métamorphe le confirment. Le fragment architectural devant nous, une ancienne poutre ? Une colonne oubliée ? Ce fragment est effectivement une oeuvre divine, un véritable fragment de l’antique voûte céleste, le pont entre les mondes, dont l’histoire n’est plus qu’un murmure parmi les légendes oubliées. Rien n’est éternel, effectivement.

Chargé de notre fardeau, étonnamment léger, presque aérien, nous retournâmes au bateau. L’Ifrit nous servant de guide nous ramena donc dans leur petit port de Dar El-Aric, le bateau dépassant nonchalamment des rivières d’électricité, des îles verticales, des ponts invisibles … Le Chaos Élémental porte décidément bien son nom
Et si tu me paries les réponses au grand défi de l’univers,
Et même si tu me traites de creuse tant mieux,
J’aime la vie en anarchie. 1

Le potentiel sauvage du chaos élémental est d’une beauté tragique. Je ne pourrait jamais m’y sentir à l’aise, mais même son éphéméralité extrême a quelque chose de poignant, de littéralement unique.

Dar El-Aric était toujours aussi calme à notre arrivée. L’Ifrit commença le déchargement de son matériel de guide, lorsque Kharas l’arrêta. Son oeil aiguisé semblait flairé un problème : le petit port des Ifrits était trop calme. Un examen plus attentif le confirme : Les rues sont désertes, abandonnées. Notre arrivée dans la Sea Wyvern étant tout sauf discret, je pris l’initiative de crier pour attirer l’attention de potentiels ennemis. La seule réponse fus un cri rauque, monstrueux. Nous sortîmes nos armes.


Nous nous faufilâmes parmi les ruelles à l’odeur de souffre de Dar El-Aric. Des cadavres d’Ifrit dans les coins, des bâtiments effondrés. La Sea Wyvern vole au-dessus de nous, nous offrant une ombre réconfortante. La sorcière et la métamorphe nous suivent en se glissant d’un toit à l’autre. Nous approchons des grands “Hall of Records”, lorsque nos alliés sur les toits laisse échapper un cri étouffé. En suivant leur regard, nous voyons une immense tête dépasser au-dessus des bâtiments.

Un énorme géant en putréfaction patrouille la grand’place. Notre nouvel allié éladrin fonce sur celui-ci, sans égard pour sa survie. Le géant arrache une portion du sol de la place et le lance sur celui-ci, l’enterrant sous un monceau de débris. Le combat s’élance, la sorcière et la métamorphe à partir des toits, Fruward et Kharas sur le sol, et votre serviteur … caché humblement derrière un détour de ruelle. Des flèches pleuvent du “Hall of Records” ; notre arrivée a été annoncée au maître des lieux. La Sea Wyvern réplique de son côté, transperçant le géant d’un tir de baliste bien ajusté. Ce dernier finit pas s’effondrer dans une pile de bile et de pourriture.


Le bâtiment lui-même, d’où semble provenir les tirs d’archers, reste inaccessible. Pour l’atteindre, il nous faut traverser à découvert la grand’place, au risque d’accueillir inopinément un carreau cruel ou une flèche mortelle. Fruward se porta volontaire pour faire une diversion, accompagné par le navire. Ils partirent donc dans la direction opposée, attirant les yeux de nos ennemis loin de la place découverte.

Nous courûmes éperdument à travers la place pour atteindre les “Halls of Record”. La salle elle-même était une vision pure du carnage et de la folie. L’antique bâtiment était dévoré par une rivière de lave et les cadavres déjà pourrissant des Ifrits. Des êtres cadavériques montés sur des monstres morts-vivants nous chargèrent avec leur piques démoniaques. Et au milieu de la place, une ébauche de portail, sur une rune manifestement magique.

Notre nouvel allié éladrin en pris un à partie. Kharas ramassa les autres ainsi que leur chef, un grand mort-vivant mieux habillé mais habité par une folie pure. Je m’approchai de la rune, pour découvrir qu’il s’agissait d’une Rune de Mort, une arcane très rare contenant un potent condensé de destruction. Farah élimina deux des cavaliers avec leurs montures dans son monde d’illusions, nous laissant le temps de s’occuper de la rune mortelle.

Avec l’aide d’Hallya et de Farah, je tentai d’éliminer la rune mortelle, mais hélas ! Je ne m’y connais guère dans les arcanes pures. Je dû mal interprété une recommandation de mes alliées, car je sentis l’énergie se dégager de la rune malgré tout mes efforts et s’emparer de mon essence et de celle de Kharas.


Je me réveillai ensuite le visage contre le sol, entouré de visages malveillants. Fruward, de retour, tentait de contrôler les cavaliers tandis qu’Hallyah et Farah les anéantissaient. Kharas s’était déjà débarrassé d’un cavalier et achevait sa monture. Sous ses pieds, le mort-vivant bien habillé finissait d’agoniser dans un râle assourdissant. Le portail, nourrit pas nos essences répandues, brillait d’un éclat sombre.

Le portail était ouvert et montrait un trône, et une créature courant vers nous à toutes jambes.

Je me levai péniblement.

Il ne pouvait y avoir de doute quant à la nature de la créature. Ce ne pouvait être un avatar : Nous savions ce qui leurs étaient arrivés. Ce ne pouvait être personne d’autre que Lui. C’était Lui, dans Sa Splendide Magnificence. Les deux têtes simiesques, les tentacules interminables, tout son corps boursouflé approchant inexorablement vers le portail, se tendant presque jusqu’à l’ouverture, jusqu’à nous, jusqu’à moi, moi, moi, moi, moi !

Je vis le portail vaciller brièvement. Farah et Hallyah grimaçaient sous l’effort requis pour tenter de fermer le portail vers Son Royaume. Je sortis de ma transe, et malgré les bruits de combats tout autour de nous, je soufflai les énergies arcanes autour du portail … qui s’éteignit brutalement dans un cri de sauvagerie pure.

Voilà.

Les cavaliers restant, privé du soutien de leur dieu, tombèrent rapidement.

Voilà. Je L’ai vu. Et Lui aussi, Il m’a vu. Je L’ai entendu … Je L’ai senti.

J’ai entendu le doux son de sa voix,
Oh, cette voix,
A pénétré les profondeurs de mon coeur,
Je suis à vous à nouveau,
J’ai fuis vos ennemis. 2

Que tous ces dieux, vivants ou morts, soient maudits. Puissent-ils venir à notre aide.

Isom K.V.II

1 Me, Mom and Morgentaler, Anarchie , 1994.
2 Gaetano Donizetti, Lucia di Lamermoor, Acte III, Il dolce suono , 1835.

Comments

Excellent, comme toujours

Bataille de Dar El-Aric
Antoineql drstupid

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