Savage Tide d'Antoine

Le prêtre, le prince et Tuerny

<< Boom. >>

“It was a low, dull, quick sound. […] I talked more quickly, more vehemently but the noise steadily increased. I arose and argued about trifles, in a high key and with violent gesticulations; but the noise steadily increased. “Villains!” I shrieked, “dissemble no more! […] Tear up the planks! – here, here! – it is the beating of his hideous heart!” 1

<< Boom. >>

Je me répète, immanquablement. Nous n’avons pu quitter la prison d’Obox-Ob, tel que prévu. Sans surprise, la mort des Cybriex a alerté la garnison qu’une attaque était en cours. Nous étions en train d’étudier le cercle des runes qui maintenait le Prince déchu …

<< Boom. >>

… Qui maintenait le Prince sous clé. Le sol tremble sous ses coups furieux. Toutes les défenses sont tombées avec la mort des Cybriex, et dix millénaires d’attente ininterrompues. Le seul sceau qui garde le monstre en place est l’antique ensorcellement de Demogorgon lui-même, scellé avec son propre sang maudit. Nous avions la flasque, l’incroyable flasque de Tuerny, mais nous n’avions toujours pas le sang. Et voilà que le chemin vers la sortie était barré.

<< Boom. >>

Un prêtre du dieu-démon, un serviteur de haut rang, à voir sa robe ouvragée. Un olman maudit ? Le visage, incroyablement vieilli semble le laisser croire … mais que reste-t-il d’humain dans cette âme déchue ? Autour de lui, deux gardiens vaporeux, deux autres âmes perdues pour leur dieu. Le combat s’engage, dans un silence malaisé, interrompu régulièrement par un violent …

<< Boom. >>

Voilà. Collé sur le cercle retenant Obox-Ob, il était impossible d’ignorer l’énorme énergie se dégageant du puits sous nos pieds. Tant de forces arcanes concentrées en un seul endroit ! Il suffit de laisser ouvrir légèrement son coeur et de tirer un peu de cette énergie latente pour sentir ses forces revenir. Pour sentir sa peau se recouvrir d’une carapace insectoïde résistante aux coups de nos enemis, pour laisser la furie du Prince brûler nos âmes dans une orgie de destruction ! Pour laisser la folie, la sublime folie ! Prendre le contrôle et percer les défenses de nos ennemis.

Tant de puissance ! Provenant d’un Prince déchu, emprisonné, prisonnier depuis plus d’Âges que l’Histoire des mortels peut en compter ! Comment facile se serait de simplement se prosterner et laisser toute cette puissance couler dans nos veines comme la sève fraîche d’un printemps de flammes !

<< Boom. >>

Bref, le combat s’engageât. Les gardiens fusèrent entre la réalité et le monde des ombres, rendant les attaques difficiles. Le prêtre lui-même résista vaillamment à nos attaques. La Sorcière fit exploser une partie de celui-ci et l’emprisonna dans une cage de mensonges ; ce dernier se vengea en versant ses énergies nécrotiques vers Hallya, qui vacilla un moment avant de répliquer à nouveau.

Le mur du fond explosa à ce moment, révélant des sorciers morts-vivants et un démon de flammes qui embrasa la pièce. Le Moine sauta sur les morts-vivants, et d’un coup de pied en cercle fit sauter leur têtes de charognards. L’un d’eux réussi à absorber une partie de la magie du focus du moine avant de retomber dans un amas de chair putréfiée. Le seigneur Fruward, de son côté, se défendit vaillamment contre le monstre de feu. La situation revenait sous notre contrôle lorsque …

<< Boom. >>

Un autre mur explosa, révélant plus de sorciers, accompagnés de deux cultistes difformes armés d’énorme haches de guerre. Épuisés par le combat, le vent semblait tourner en faveur de nos opposants. Nous reprîmes des forces auprès du puits, du puits du monstre ! Dont la pulsation était d’autant accentuée qu’il sentait notre présence, le sang versé, la furie destructrice au-dessus de ses tentacules enfouis ! Avec cette énergie renouvelée, nous forçâmes le prêtre maudit à se prosterner devant nous, oui ! Devant notre PUISSANCE ! HAH ! La Sorcière, elle-même aveuglée par le sang, mis un des cultistes en cage avant de démolir l’autre grâce à une malédiction de décomposition rapide.

Le Moine détruisit les sorciers restants, non sans perdre encore de son énergie arcane. Nous reprenions le contrôle du combat, lorsque … Trois Yuan-ti, maîtres-combattants et empoisonneurs aguerris. Ils apparurent aux ouvertures de la caverne et entreprirent de terminer notre groupe affaibli. Kharas se déchaina soudainement : La métamorphe força deux d’entre eux à se rejoindre et le nain fit tomber sa furie sur un d’entre eux, et puis, son marteau se déroulant dans un arc de cercle parfait …

<< Boom. >>

Le marteau des Skullcrushers défonça le crâne du deuxième Yuan-ti, ne laissant qu’une dernière créature serpentine … et un monstre tentaculaire bicéphale. Gorgannt. En combat singulier avec le Moine, qui répliquait d’un coup dévastateur aux attaques sauvages du monstre. Un coup de pied bien placé fit voler le sang de la créature qui gicla dans une traînée noirâtre. Nous sentîmes jusqu’à Obox-Ob lui-même qui retenait son souffle, avec le sang, le sang de son ennemi ! Versé à quelques brasses seulement de sa prison !

Nous concentrâmes nos attaques sur Gorgannt, l’Avatar sauvage du dieu-démon. Brisé par nos coups, affaibli par la peur, par le Prince, si proche ! Il tenta de fuir, jusqu’à ce qu’Hallya, la rage aux lèvres, fit exploser une par une ses deux têtes maudites dans une explosion de chairs brûlées.

<< Boom ! >>

Gorgannt eut l’amabilité d’exploser dans le corridor, suffisamment loin pour que ses chairs putréfiées ne touche pas le cercle de runes qui tenait encore le Prince enchaîné. Le Moine récolta le sang du cadavre encore en ébullition qui dégageait toujours les énergies malévolentes de la Sorcière. Nous nous mîmes autour du cercle … prêt au pire. Le Moine me passa le sang et ouvrit la flasque de Tuerny.

<< Boom ! >>

Des vibrations courraient toujours de l’extérieur. Le camp était visiblement alerté, des renforts allaient venir, et pourtant … Et si tout cela était un piège ? Comment est-ce que la simple flasque de fer pourrait tenir une telle concentration de puissance ? N’était-ce pas qu’un leurre destiné à lâcher un monstre de plus en liberté, tout en nous éliminant de la carte ? N’étais-je pas un monstre moi aussi, à vouloir libérer une des pires créatures qui aient jamais peuplé le multivers ?

<< Boom ! >>

Le Moine me fit un clin d’oeil hilare, je soupirai, et je vidai le sang sur les runes étalées devant moi. La première goutte eut à peine touché la surface de pierre que …

<<< CRACKBOOM ! >>

Le Prince ! Libéré après tous ces millénaires ! L’Avatar de la folie, de la destruction ! Je senti mon âme s’enfuir de mon corps à toute jambes ; je crois bien que toute créature moins aguerries des horreurs démoniaques serait déjà morte sur place, consumée par la folie pure dégagée par le Prince, le Prince libéré !

Le Moine, plus vite que ma pensée, fit un geste pour s’emparer du monstre, mais ce dernier résista, refusant de laisser partir sa liberté retrouvée. Je vis immédiatement les flots d’énergie de la flasque, du monstre et des runes encore en place et je tentai de rediriger Obox-Ob dans sa nouvelle prison. La Sorcière tenta de le convaincre de se plier à notre volonté, suffisamment éloquemment pour le faire hésiter un moment. Le Moine renouvela sa tentative, et dans un soupir de rage, le Prince déchu entra dans la minuscule flasque de fer, l’oeuvre maîtresse de Tuerny.

Le silence … implacable.

Nous avions … emprisonné un seigneur-démon. Nous avions battu une des créatures les plus puissantes des Abysses, et l’avions pliée à notre volonté. Qui pouvait nous arrêter maintenant ? Nous prîmes les restes des têtes explosées de Gorgannt et remontèrent à la surface pour affronter la garnison du camp. Je criai, euphorique, enragé :

<< Voyez ! Nous avons défait l’Avatar de votre dieu et battu le seigneur Obox-Ob sur son propre plan ! Qui ose se mesurer à nous ! >>

Il n’y eu guère besoin d’insister. La panique s’empara des démons autour de nous, et sous peu, nous volions à nouveau vers notre bateau. Le groupe était heureux, mais pensif, sur le chemin du retour. Le Moine me montra la flasque, flanquée d’une nouvelle bosse, toute fraîche. Il nous rappela que nous n’avions pas battu le monstre … et qu’il pouvait toujours nous influencer, peu importe la solidité de sa prison actuelle. Combien de seigneur démons nous regardent-ils en ce moment ? L’oeil de Malcanthet, la haine d’Orcus, la suspicion d’Iggwilv, et maintenant, la folie destructrice d’Obox-Ob, Prince déchu des Abysses !

Si je devais périr demain, puisse l’Histoire me pardonner d’avoir libéré tous ces monstres, Shami Amourae, Obox-Ob, puisse-t-elle comprendre combien perdu et isolés nous sommes dans cet univers étranger, dans les ténèbres insondables des Abysses …

“When I am laid in earth,”
“May my wrongs create no trouble in thy breast;”
“Remember me! but ah! forget my fate.” 2

1 Edgar Allen Poe, The Tell-tale Heart, 1843.
2 Henry Purcell, Dido & Aenas, 1683.

Comments

clap
Un travail fort remarquable M. Lavallée.

Le prêtre, le prince et Tuerny
Antoineql drstupid

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